Ce 7 mai marque une date indélébile dans l'histoire de la décolonisation. Il y a 70 ans, la capitulation de l'armée française face aux forces indépendantistes du Vietminh à Dien Bien Phu scellait l'arrêt de mort de la présence française en Indochine. Cet épisode sanglant, qui aurait fait près d'un million de morts reste gravé dans les mémoires comme le signe de l'épuisement d'un colonialisme décadent et prédateur.
Ironie de l'histoire, c'est dans la liesse populaire que le Vietnam communiste a célébré cet anniversaire accueillant même une délégation française pour la première fois. Une manière de marquer la "réconciliation" selon les autorités vietnamiennes, tout en réaffirmant l'aura du "Vieux" Ho Chi Minh et du légendaire géneral Giap.
Mais au-delà des fastes orchestrés, cette commémoration doit nous interroger sur l'héritage durable de la guerre d'Indochine et du système colonial qu'elle visait à perpétuer. Une plongée dans les méandres d'un passé douloureux, que certains se refusent encore à regarder en face.
Un colonialisme sanguinaire et pillard
La détermination des indépendantistes viêtnamiens à Dien Bien Phu venait parachever huit années d'une guerre atroce, menée par la France pour maintenir sa tutelle sur ses colonies . Une obstination aveugle dans la violence coloniale, déjà à l'œuvre un siècle plus tôt lors de la conquête initiale.
Ce refus de l'émancipation des peuples colonisés reflétait la véritable nature du projet colonial français en Indochine comme ailleurs : un pillage éhonté des richesses locales pour assouvir les appétits de la bourgeoisie capitaliste hexagonale. Une illustration criante du lien indissociable entre impérialisme colonial et expansion du capitalisme prédateur.
La bataille de Dien Bien Phu résonne d'autant plus qu'elle imposa une humiliante défaite à une armée parmi les mieux équipées. Une supériorité militaire réduite à néant par la ténacité de la guérilla Vietminh, qui compensait son dénuement par la justesse de sa cause émancipatrice.
Une défaite aux lourdes conséquences
Loin de représenter un simple revers militaire, la chute de Dien Bien Phu marqua également un tournant décisif sur la scène internationale. Elle galvanisa les mouvements anti-coloniaux dans tout le Sud, ouvrant la voie à d'autres luttes victorieuses comme en Algérie.
Dans l'Hexagone, le choc fut rude pour l'armée et la classe politique, forcées d'admettre la faillite du système colonial. Si les interventions militaires ont fait ralentir le processus, l'indépendance devenait inéluctable pour ces territoires jadis assujettis.
Las, certains révisionnistes s'obstinent encore à nier les réalités du colonialisme, vantant son soi-disant "apport civilisateur". La commémoration de Dien Bien Phu doit sonner comme un avertissement contre cette négation coupable d'un passé indigne. Et célébrer, par-delà la défaite militaire, la victoire de l'émancipation sur l'oppression coloniale.
70 ans plus tard, il nous revient de tirer les leçons de cet épisode douloureux. De rejeter une fois pour toutes le mirage raciste et xénophobe du "fardeau de l'homme blanc". Et d'embrasser définitivement la voie d'un monde débarrassé des relents nauséabonds du colonialisme, pour s'ouvrir aux solidarités à venir entre les peuples libres.